La naissance de Niobé

marie_enceinteLe Rdv de septembre est intense, on est subitement pris dans la dynamique de l’accouchement alors que le rythme des vacances semblait ne jamais pouvoir s’arrêter, en symbiose avec la grossesse.
Quel atterrissage !
Florence est en pleine forme , les vacances semblent lui avoir fait beaucoup de bien !
Nous repartons avec plein de documents, l’ordonnance pour le matériel, ce qu’il faut prévoir pour l’accouchement, le descriptif pour les soins  des suites de couche, un document sur le portage en écharpe et la tête bien remplie !! Assis dans la voiture nous resterons « surpris » un moment !

Le 07 octobre, dernier rdv avec Florence, quelle drôle de sensation, la prochaine fois que je la vois c’est pour l’accouchement !!! J’ai envie que ce Rdv duuuuuure, c’est indescriptible, et Michel qui trépigne d’impatience à côté de moi…..…
Il me tarde de revoir Florence, ça va être une chouette naissance, je le sens bien !

Le mois d’octobre devient insupportable, je suis impatiente, j’en ai marre d’être enceinte, je me sens jolie, mais très mal. J’ai envie que ma fille naisse, d’être libérée!
C’est vraiment étrange ! Je suis sûre d’accoucher avant le terme prévu au 26, je pensais 2 semaines à 10 jours avant, au moment de la pleine lune du 14. J’ai focalisé sur ce « terme » car la précédente pleine lune m’a donné 2 nuits de contractions, troublant pas mal mon sommeil. Enfin, hors grossesse je ne dors pas non plus ces nuits là.
Dès la fin septembre, les signes du travail à venir se précisent et s’additionnent, en premier je perds le bouchon muqueux en plusieurs fois, sur 8 jours. Ensuite, à plusieurs reprises, des contractions régulières s’installent, très supportables et passent avec la sieste ou la nuit. Le dernier « faux travail », ou plutôt travail préparatoire ou échauffement, a lieu le dimanche 12. Cette fois, j’y ai vraiment cru, les contractions étaient circulaires dans le ventre et le dos, ça tirait pas mal dans les reins, je ne pouvais plus rester debout, j’ai fini de ranger les provisions du marché très vite pour aller m’allonger. Je m’endors et quand je me réveille 2h après, plus rien, une grosse déception.
Le lundi et le mardi, j’ai des fuites de liquide chaud mais le 14 passe, je regarde la pleine lune depuis le balcon, elle n’est pas pour moi…. Je suis tellement déçue que le mercredi, je reste au lit, je fais la grasse matinée, je me repose enfin. De toute façon, je n’ai envie de rien. Je me lève à midi pour répondre au téléphone, mon amie Odré, elle est enceinte et attend une fille, génial , 2h au téléphone, comme toujours !
L’après-midi passe très vite, le soir, je passe 2 coups de fils pour prévoir la journée du lendemain, je vais voir une future maman qui a presque le même terme que moi, pourvu qu’on n’accouche pas ensemble, et ma copine Rachel, jeune maman, vient me voir avec sa fille!
Au téléphone, elle me dira, demain  c’est jeudi, tu vas faire comme Alexandra et accoucher demain, du coup je ne te verrais pas ! On rigole et puis quand même je lui dis que j’ai mal au ventre, comme des règles tiens, j’avais oublié que ça pouvait faire çà, il est 21h30.
J’ai très faim et je dévore un énorme plat d’aubergines à la tomate, j’adore !! Tant pis pour les aigreurs…….
C’est une drôle de journée, très branchée maternité en fait, je n’ai pas fais attention, mais c’est sans doute le meilleur signe !
Je traîne un peu sur internet, classe mes papiers, discute avec Michel puis à minuit, je décide d’aller me coucher.
Minuit et demi, je suis blottie dans mon lit, avec tous les coussins qu’il faut pour dormir correctement, je commence à m’endormir.
1h, une contraction arrive, elle est forte, accompagnée d’un signal intuitif qui raisonne dans ma tête. Là je sais, le vrai travail commence, je suis contente. J’aiguise ma perception pour entendre Michel, toujours devant son ordi, il ne sait pas encore. Je ne me suis pas réveillée complètement et je reste allongée. Une deuxième contraction passe, je ne vais pas rester allongée longtemps, que ça tire……. A la troisième, je fais chavirer les coussins et les draps pour me retourner de l’autre côté afin de traverser cette contraction debout, je pose un pieds sur le carrelage et la poche des eaux se fissure laissant échapper un flot de liquide le long de mes jambes, Waouh ! Le réveil indique 1h30. Je file à la salle d’eau dans le même élan, ça continue à couler, une odeur d’eau de rose envahit la petite pièce, j’hallucine en l’inspirant ! Je reste sur les toilettes pour laisser couler ce liquide, il s’échappe à chaque nouvelle contraction, à peu près toutes les 9 minutes. Le liquide est transparent, c’est bon. Je me lève, me fait un pagne avec une serviette éponge car ça coule encore et vais rejoindre Michel dans le bureau. Il regarde ma dégaine bizarre avec un air interrogateur, je lui réponds, demain tu ne vas pas aller travailler…on va bientôt la voir ! Il me demande si je suis sûre et «  qu’est ce qu’il faut faire ?, comment ça se passe ? On appelle Florence ?
Je me sens tellement détendue que ces questions me paraissent inutiles, inappropriées !!. Je lui dis très posée, ben écoute c’est le début, ça peut durer 20h…. je reste un peu avec toi, je vais lire mes mails et puis je pense que tu devrais aller te reposer pour prendre des forces. On va attendre pour appeler Florence, là on va vraiment la réveiller, elle nous a dit 2 fois que si le travail commençait la nuit, il valait mieux attendre un peu qu’il s’enclenche vraiment pour l’appeler, qu’à partir de 6H00, c’était mieux.
Le rideau de la pièce n’est toujours pas installé, cela me contrarie, j’ai envie de le mettre de suite, je ne veux pas qu’on puisse me voir depuis la ruelle !! Mais ce  n’est pas possible, trop de réflexion, trop d’acrobaties, je laisse tomber.
Je reste 30-40 minutes devant l’ordi, les contractions me gênent, il faut que je bouge, je vais aux toilettes. Michel vient me parler, je n’écoute rien sur les contractions, il ne comprend pas trop bien ce qui m’arrive, décide de me laisser et au bout d’un moment, il va se coucher.
Enfin seule !!
Il doit être 2h30, je fais un tour dans l’appartement, dans le noir.
Je choisis le salon, allume 3 bougies, me fais un nid dans le clic-clac avec pleins d’oreillers, c’est bien. Vu que je n’ai aucune idée sur la durée du travail et encore moins de son avancement, je me prépare de quoi noter le rythme des contractions. Mais je n’ai pas demandé comment ça se « mesure »…Pfff, une contraction arrive, dès que le pic d’intensité chute, je note l’heure, il est 2h50. Bon, je vais faire comme ça, je pourrais voir ainsi quand ça se régularise. Je me souviens que Florence a dit qu’au début les contractions peuvent être proches puis s’espacer pour se régulariser, il faut donc un temps pour que je ne sais plus quelle partie du cerveau, l’hypophyse se mette bien en route et sécrète régulièrement les hormones. Donc ça pourra aider de voir les intervalles, enfin, je crois. Je repense aussi à ma, voisine, pour St Georges, la gynéco lui a dit d’attendre d’avoir des contractions toutes les 5 minutes pendant 2 h avant de venir, et la première fois, elle a fait un « faux travail », donc je me dis que j’ai le temps.
Je me mets à genoux sur le clic-clac, buste face au dossier la tête dans les coussins. Je me couvre le buste car j’ai un peu froid. Entre chaque contraction, je m’endors, c’est paisible, le temps passe rapidement, sans que j’ai mal, et pourtant, les contractions sont fortes. Mais ça se passe au présent, et c’est tout.
2h56, 3H03, 3H11, 3H20, 3H29, 3h36, 3h43, 3h50, j’écris par-dessus les chiffres précédents, 3h59, 4H02, 4h09, 4h18, 4h25, 4h31, 4h37, là ça m ‘énerve d’écrire, j’en ai marre, on dirait que ça ne se régularise pas du tout, j’arrête ça, je ne peux plus réfléchir.
Je vais aux toilettes, mon déplacement est difficile, les toilettes me paraissent être si loin ! Je ne perds plus de liquide amniotique et me débarrasse donc de cette serviette qui me gène. Je me sens bien sur les toilettes, j’y passerai 1h. J’en profite pour évacuer au maximum, je me rendrais compte après que ce n’était que partiel….
La pièce est froide, déplaisante, j’en ai marre, j’allume et fait du bruit pour que Michel se réveille, j’ai envie qu’il me prépare la chambre de suite !!
Il émerge,va se faire chauffer un café et vient me voir, je lui dit, très directive, tu installes tout et après tu appelles Florence ! Je me retiens de luis crier ‘VITE ! pour ne pas le stresser. Il me prépare donc la chambre, ça me paraît long, et enfin je peux me jeter sur le matelas posé au sol, appuyée sur le lit avec des coussins, comme dans le salon mais plus près du sol. Ca me convient beaucoup mieux ! A partir de ce moment, je me sens inbougeable, plantée là.
Michel s’installe spontanément derrière moi et commence à me masser le bas du dos, une contraction arrive, je rejette violemment sa main, ça fait trop mal ! Il s’en va, zut, il est vexé,  j’aurais préféré qu’il reste là, mais juste pour m’accompagner, sans rien faire, sans parler, près de moi.
L’intensité  des contractions augmente d’un coup, je demande une bassine et vomi dedans dès que Michel me l’amène.
Il revient avec le téléphone, et me demande si je veux appeler Florence, je lui dis fais-le, trop compliqué pour moi… « -Mais elle voudra te parler…… –Tu me la passeras »
La tête  dans le coussin d’allaitement, je l’entends appeler en marchant dans le salon. Il semble que le coup de téléphone la réveille, je regarde l’heure sur le réveil, il est 5h45, je me dis, ça va, c’est pas trop tôt. Je n’entends plus rien sur la contraction qui s’installe, mais la voix de Michel se rapproche, il me regarde et me tend le téléphone.
C’est bizarre de parler au téléphone…Florence me demande un peu où j’en suis, je lui dis très vite que ça fait mal, que le  travail a commencé à 1h, que j’ai perdu les eaux de suite.A un moment elle me demande si je veux qu’elle vienne. Mais comment puis-je répondre à cette question ??Je ne sais plus, je ne peux pas réfléchir, une contraction arrive, j’ai envie de jeter le téléphone sur le lit, elle devine et me dit souhaiter entendre ma respiration, alors je garde le combiné. Mais je ne suis pas trop concentrée sur ma respiration, je lui lis vaguement les heures des contractions pour qu’elle ait une idée, lui dit aussi pour le massage raté, et que j’ai rendu mon repas. Elle me demande si il y a un endroit où elle peux se reposer chez nous, je lui répond que oui, la chambre du bébé, un lit y est prêt. J’ai pris soin de préparer ce lit avec les draps il y a déjà 3 semaines pour qu’elle soit notre hôte. Elle me dit qu’elle va venir, comme ça elle circule avant les heures d’embouteillage, ça me fait du bien de l’entendre. J’ai de suite envie de passer à autre chose et lui repasse Michel pour la logistique, mes pensées sont vraiment dans la brume maintenant, comme si j’avais beaucoup trop bu d’alcool, enfin, de ce que je m’en souviens….
J’entends Michel faire un bruit incroyable, là il stresse, l’attente lui est pénible, je devine qu’il se sent inutile et vu  que je ne peux plus communiquer, il tourne en rond et fait du bruit pour s’occuper, exister. Cela m’exaspère, j’ai envie de lui hurler de se calmer, que c’est insupportable, mais je sais, alors je souris et ne dis rien, il fait c e qu’il peut. Au moins, il s’isole et ne fait pas ça à proximité de moi. Je me détends pour faire abstraction, me recentrer sur les contractions.
J’entends la guitare, il joue, c’est bien, mais ça sonne faux, il n’est pas dedans, le cœur n’y est pas…
Le téléphone sonne, à cette heure là, c’est forcément Florence qui rappelle, je crois comprendre qu’elle demande à Michel de faire le GPS, ça à l’air de marcher.
D’un coup je réalise que je n’ai pas sorti le bip et la clef du garage, mais Michel indique une place dans la rue qu’il voit depuis le balcon. Je suis soulagée.
A partir de ce moment  je décroche complètement, vomi à nouveau car l’intensité des contractions vient d’augmenter encore, elles resteront ainsi jusqu’à l’expulsion.
Ma perception sensorielle est complètement modifiée, les sons sont sourds et confus, je perds la sensibilité de ma peau et mon champs de vision est restreint, je suis tellement occupée à l’intérieur. Je ne vois rien de l’arrivée de Florence, je l’entends un peu, apparemment elle a pas mal d’affaires et Michel fait le porteur. Je n’ai aucune idée de ce qu’elle amène, car je me suis dit, elle amène ce dont elle a besoin, c’est une pro, c’est sa partie. J’entends des bruits confus dans la chambre d’enfant et Michel fermer la porte d’entrée. Je ne sors cependant pas de ma bulle un seul instant. Florence vient tout près pour me dire bonjour, oh, une fée ! (…) une auréole de cheveux clairs et vaporeux autour du visage, 2 grands yeux clairs et le front ceint d’un fin bandeau tressé, je ne retiendrai que cette image, quelle lumière dans la brume qui m’entoure !! J’imagine qu’elle a dû me parler, j’ai peut-être même répondu, probablement fait une bise, je ne sais plus.
A partir de là, c’ est,l’immersion complète, je ne suis plus seule dans cette bulle, nous sommes 4 dans l’aventure de cette naissance, je répéterai à plusieurs reprises que c’est de la folie, c’est le seul mot qui me vient pour exprimer à la fois quelque chose de puissant , libre, décalé et tellement vivant . Je ressens fortement les présences de Florence, calme et de Michel à nouveau disponible et plus détendu, ça me fait du bien. Mais la connexion intuitive avec mon bébé n’est plus là, cela m’inquiètera à plusieurs reprises, spécialement quand Florence écoute les battements cardiaques car en plus, je ne peux plus analyser intellectuellement les sons qui entrent dans mes oreilles. Ma fille est occupée à naître, cela lui prend toute son énergie, et moi, je suis occupée à accoucher, à naître maman, 2 chemins différents au départ de cette bulle. Quel voyage  si surprenant, si essentiel.
Je planerais de plus en plus, jusqu’à ce que ma fille voit le jour, je ne sais plus la chronologie des évènements, ils ont juste eu lieu à un moment et c’est tout.

J’ai pensé, rêvé cet accouchement à plusieurs reprises, mais les émotions que j’ai vécues vont bien au-delà de tout ce que je pouvais imaginer. Il me semble que les mots ont des contours trop étroits pour les expliquer, je ne suis pas poète. Je sais seulement rendre vivante la matière brute. Depuis le début de ma grossesse, mon énergie créatrice est dévolue à ma fille, j’expérimente une autre forme de création !
Je ne serais donc plus le médiateur entre  l’univers qui m’entoure et dans lequel je fais éponge et ce bloc de cire, d’albâtre ou de savon permettant la restitution filtrée, L’œuvre.
J’aime cette distance nécessaire dans la création artistique, cette solitude dans l’état de conscience différent qui semble ne jamais finir, mais « l’œuvre » surgit toujours d’un coup, déconnectée de moi, autonome. Une naissance qui me rend ma conscience et me délivre. (la décharge sublimée)
Dans le fond, je connais bien le processus de l’accouchement, je l’ai vécu si souvent !
L’accouchement de ma fille me précipite dans la vie, l’humain, le vivant, c’est un peu violent psychologiquement, je reprends pied après plusieurs années troublées j’ai le sentiment d’être à nouveau complète, pleine et de me retrouver, c’est très épanouissant.

J’ai maintenant des pertes rosées, je sais que ça signifie que le travail avance, Florence m’installe une alèse et veut m’examiner, je n’ai pas vraiment envie car si elle m’annonce une dilatation à 2cm, je déprime…Mais le temps que je réfléchisse, elle est déjà  passée, en douceur : « Tu en es à presque 6cm, la nuit a été efficace, ça va aller vite. »
Je ne dis rien, c’est bien mais qu’est-ce que je vais faire de cette « info », j’oublie temporairement pour me remettre la tête dans mon coussin. Maintenant les gémissements sont nécessaires, j’ai besoin de faire sortir la douleur et de respirer différemment. Puis je commence à crier dans mon coussin pour ne pas faire trop de bruit, et puis il sent bon ce coussin alors j’inspire cette odeur à plein poumon et je crie de plus en plus longtemps. Je ne savais pas que je pouvais souffler de l’air aussi longtemps, je me concentre sur ce souffle, ça vibre à l’intérieur, ça détend et ça détourne la douleur.
Je devine que Florence prépare plein de choses autour de moi, repère si tout est là, demande à Michel ce que j’ai oublié, le sopalin, le papier toilette, puis va dans la chambre d’enfants pour passer des coups de téléphone.
Je suce plusieurs doses d’homéopathie au long du travail sans m’en rendre vraiment compte, je sens le tube arriver à  ma bouche et prends les granules. Une  bouteille d’eau se présente à moi, mais là, gros problème de coordination, je dis juste que si je bois, je vomis, le reste est trop compliqué à expliquer…….
J’entends les voisins quitter leurs appartements au fur et à mesure, c’est très agréable, j’ai envie de calme.
Florence essaye de masser le bas de mon dos, mais c’est une vraie torture. Elle me propose de prendre un bain mais vu qu’on a pas de baignoire, ça ne me va pas du tout. Je n’ai vraiment aucune envie de me lever, je ne peux pas bouger et je me fiche pas mal de prendre une douche, par contre, je suggère des compresses chaudes sur le bas du dos pour soulager le carré des lombes, enfin, je crois que c’est ce que j’ai demandé.
Michel s’affaire à me préparer des torchons, des serviettes chaudes, il met un certain temps à trouver la bonne logistique mais il va être super efficace, et moi ravie !
La chaleur rapportée dans les reins a des effets inattendus pour moi, ça détend intensément les muscles au début et du coup la contraction devient plus forte, enfin, je perçois l’intensité plus tard. Et puis, sur une contraction longue qui commençait tranquillement, mon chéri arrive avec une serviette chaude qu'il me pose doucement sur les reins et là je me redresse « waaa le bien que ça fait », la contraction devient orgasmique, j’hallucine, je décolle !! Et puis j'ouvre les yeux pour atterrir et là, la contraction devient super forte, utérine seulement, je jette la tête dans le coussin pour étouffer un cri, heureusement elle est courte, je n’en reviens pas, c’est la valse des sensations. Passer aussi vite du plaisir intense à la douleur, c’est dingue, mais ça me plaît !J’aurais du plaisir sur quelques contractions suivantes, ça s’est entendu vu que Michel me dira après la délivrance que j’ai crié comme quand je jouis, je me suis pensé eh ben, bien contente d’être à la maison !! Lui a été assez étonné aussi !
Il me semble que la douleur est toujours forte mais elle me dérange moins, par contre, je commence à trouver le temps long et à en avoir marre au point de devenir grossière, ça sort tout seul…
J’arriverai quand même à rire à une blague que fait Michel en face de moi, je ne sais plus laquelle mais j’ai aimé l’avoir en face de moi, souriant et confiant, même si ce fut bref.
Sentir Florence s’affairer à écouter les battements cardiaques sur les contractions me rend encore plus impatiente. Elle me le dira, « ne sois pas si impatiente »  ou quelque chose comme çà.
Je dois être vers 8-8,5cm de dilatation
A un moment, elle se met tout près et me prend la main, je commence à la serrer, c’est agréable, je réalise soudain que je dois lâcher l’étreinte pour ne pas lui faire mal, je lutte contre ce réflexe pour ne pas lui broyer la main car la force qui peut se déployer est énorme, je l’ai expérimenté une fois, c’est impressionnant.
Elle me fait lever, je lui fais confiance, ça doit pouvoir m’aider, mais ça ne va pas, j’essaye de faire quelque pas, de me  trouver bien  mais une contraction arrive et je suis déboussolée, je ne sais plus quoi faire, comment me mettre, je m’appuie sur et contre les étagères du placard en espérant qu’elles ne cèdent pas sous la pression de mes bras, que je retiens un peu. Ca pourrait être pas mal debout, mais rien ne me va dans mon environnement immédiat, rien de solide à quoi m’accrocher. Et puis je ne veux pas que ce bébé naisse dans le placard, déjà qu’il a été à moitié conçu dedans…. Je me sens inquiète, pas bien et en plus j’ai faim ! Je me jette au sol, stable, même place, même position., c’est rassurant !
Florence remarque qu’il n’y a pas de liquide et me demande si je suis sûre d’avoir rompu. J’en suis sûre mais je ne sais pas ce que je lui ai répondu, ça devait être très confus.
Il me semble que je reste très longtemps à la même dilatation, Florence appuie sur le morceau de col restant, ça fait mal mais ça m’aide, je visualise au maximum pour ouvrir à cet endroit là mais çà ne marche pas. Et la serviette du dos est froide. Et mon Bébé bouge alors que je sais qu’avant la naissance, les bébés sont calmes, ils dorment. Du coup je déprime, je sens ses rotations de la tête et me dis qu’elle ne veut plus sortir c’est terrible, j’ai envie de pleurer.
En plus j’ai besoin d’aller aux toilettes mais je ne peux pas me lever, je retiens un peu et puis je craque : « j’ai envie de faire cacaaaaaa », une vraie petite fille….
Florence me met à l’aise, ça n’est plus un problème, heureusement que j’avais prévenu Michel et que Catherine à fait des allusions claires sur le sujet, il n’a pas été surpris, ni gêné sauf l’odeur peut-être…
Florence me dit que je vais bientôt sentir les contractions de la poussée, je ne comprends pas puisque je ne suis pas à dilatation complète ?!
Et boum, deuxième contraction orgasmique mais sans douleur cette fois, et je me redresse car c’est incroyable ce qui m’arrive, je ressens un coup de tonnerre ou un boulet de canon à l’intérieur du ventre, incontrôlable « oh la la, il se passe un truc là ! », je suis dépassée, c’est délicieux.
Florence et Michel arrivent dans mon champs de vision, bizarrement, je regarde l’heure, je crois qu’il était 9H et quelques….
Comme j’ai changé spontanément de position, Florence me suggère de trouver une position pour l’expulsion, elle me vient de suite, je m’accroupie avec un genou au sol, c’est asymétrique mais je me sens bien comme ça, détendue et forte à la fois, « c’est une bonne position pour accoucher » me dit Florence, je suis d’accord, sinon, j’en aurais pris une autre ! Michel est près de moi, derrière, je vais pouvoir m’appuyer, me suspendre, enfin je vais essayer.
J’aurais préféré la barre de traction, j’adore me suspendre aux branches, aux poutres, mais on a essayé de l’installer en plusieurs endroits de l’appartement, rien n’a convenu, elle est dans le garage maintenant…..
On commence les poussées, c’est très désordonné au début, je n’arrive pas vraiment à basculer le bassin et les contractions sont courtes, pas efficace je trouve, je dois vraiment pousser pendant et après. Je sens que Michel peine derrière moi, je pense que ça m’a retenu, j’ai voulu me retourner pour lui parler, au lieu de ça, je lui ai mordu le mollet qui était déjà contracturé, le pauvre……En fait j’aurais préféré utiliser ma propre force mais il me manquait une barre, un pilier, ou une corde !
Florence nous incite à essayer autre chose, on se déplace dans la pièce pour quitter le matelas et être sur le carrelage. Michel s’assied sur le bord du lit, ça lui convient bien, moi aussi pour un certain temps.
Je ne comprends pas bien ce qui se passe, j’ai la sensation qu’il s’écoule 10 minutes entre chaque contraction, que c’est long, ça ne va pas, ça ne peux pas se passer aussi lentement !! Je pense aussi à la circulaire du cordon que l’on a vu à l’échographie. Du coup je déprime à nouveau mas le temps que je formule « je ne vais jamais y arriver »en sanglotant, ben, c’est passé.
Michel me dira plus tard qu’ à ce moment, j’avais peut-être seulement 1 minute de répit entre chaque contraction, et que je n’ai jamais donné l’impression de planer, pour lui du moins, je n’en reviens toujours pas, quel décalage !!
Florence m’encourage a toucher la tête de mon bébé pour me rendre compte de la descente, bien sûr je le fais mais je n’ai plus de repère sensitif au bout des doigts, on dirait que j’utilise la main de quelqu’un d’autre, c’est assez déroutant. Du coup, elle me demande à quelle distance est mon bébé, mais je ne peux pas répondre, je ne « sens » rien, ni mes doigts, ni le bébé encore à l’intérieur et le temps que je comprenne la question…
Je ressens juste une vague sensation de mouillé qui descend, 2 phalanges, 1, des cheveux !
Florence m’aide à replacer mon bassin dans la position idéale à chaque contraction, c’est dur je trouve. Je la vois s’affairer à préparer l’arrivée du bébé, une serviette sur le chauffage. Je pousse ce que je peux, mais je continue après les contractions parce que je ne sais pas que ce qui arrive après est beaucoup plus efficace. Une contraction se termine et je sens la tête remonter, NON, NON, pas ça,  je contracte tout ce que je peux pour empêcher cela jusqu’à la contraction suivante, ça marche bien.
Florence m’encourage à aller dans la douleur, et guide les orientations de ma poussée avec ses doigts, j’y vais tout ce que je peux, je suis tellement plongée dans la douleur maintenant que je ne la ressens plus que de façon lointaine.
Un picotement comme une entaille au doigt mais au niveau de la vulve, puis, une sensation d’écartèlement  soudaine me gêne, je la trouve brutale, je voudrais plus de douceur, je dis ça fait trop mal et je fais une pause. Ma respiration s’emballe à ce moment je crois, je n’ai plus assez de souffle pour accompagner, alors je garderai l’air pour pousser dessus.
Je retrouve mes oreilles pour entendre Michel et Florence m’encourager, ça me réchauffe beaucoup, c’est vrai que je suis accompagnée, j’avais oublié, je suis contente d’être avec eux ! Une vague d’énergie m’envahit, je me sens en pleine forme, la contraction qui arrive est très forte, impérieuse, je m’accroche à Michel en urgence, il repasse derrière moi, je suis toujours accroupie, je pousse, enfin ça pousse tout seul aussi, et ça fait du bien, je n’ai plus du tout mal. Comme il fait jour à travers les persiennes, je vois les cheveux apparaître. Appuyée sur Michel, je ressens son émotion à travers sa peau, il m’encourage encore plus, mais à la nouvelle contraction très rapprochée, ça pousse vraiment tout seul, je ne fais rien d’autre que laisser faire, laisser le passage et regarder ce jet de bébé, mon bébé ! Elle sort si vite, je croyais que la sortie était toujours en plusieurs étapes ou plus lente !
Il me semble que Florence a fait une manipulation pour les épaules du fait d’une sensation particulière au niveau du périnée, mais je n’en suis pas sûre ?!

NiobéJe vois ma fille arriver dans ses mains sûres, et j’en suis ravie même si au départ, je voulais l’attraper moi-même. Je n’ai pas pu car le décrochage de conscience était trop important, je ne pouvais pas réfléchir, projeter quoi que soit. Florence me donne ma fille et je la serre contre moi, je retrouve d’un coup l’usage de la parole pour lui parler, l’accueillir. C’est un peu en vrac  comme discours, mais ça me vient tout seul, je suis euphorique et très heureuse. Je sens toujours Michel derrière, il est en train de s’effondrer intérieurement, l’émotion arrive, il m’installe sur le matelas du sol avec Florence puis disparaît un long moment après avoir observé Niobé grimper jusqu’à mon sein gauche pour s’y accrocher. Je n’ai pas trop fait attention, mais lui a trouvé ça extraordinaire !
Il me dira plus tard que le flot de larmes était difficile à tarir, que c’était le contre coup de la tension et l’émotion de m’avoir vue être de suite dans l’accueil avec Niobé.
A posteriori, je regrette un peu d’avoir fait un accueil si égoïste alors qu’on avait justement fait la préparation haptonomique dans un esprit de famille. J’ai l’impression de ne pas avoir fait de place à Michel (alors que je sais sa pudeur) et ça me pèse, lui m’affirme qu’il était incapable de faire ou dire quelque chose tellement l’émotion l’a submergé.
Je demande si quelqu’un a regardé l’heure, Florence répond direct 9h46, je suis impressionnée, comment a-t-elle fait ? Elle me dit avoir pris le réveil de la table de nuit et y avoir jeté un œil au bon moment, quelle efficacité !
Et Niobé tète, longtemps, 30-40 minutes, je n’ai pas la notion, j’entends Florence dire d’une voix forte (je retrouve mes esprits` ?!) « Ah ça, ça me plaît ».C’est vrai que c’est agréable, un petit bébé tout chaud, tout rose, tout fini avec de grands yeux ouverts qui tète, j’imagine que c’est beau à voir aussi !
Florence aide l’expression du colostrum, moi je suis captivée par ma fille, je la regarde et ne pense à rien d’autre.
J’ai froid et je me demande où est Michel, j’attendrai qu’il revienne pour enfin allumer en plus le chauffage d’appoint !
Entre-temps Florence lui demande s’il veut couper le cordon, il fait une brève apparition à la porte pour dire non, ça ne lui importe pas. Elle me demande alors si je veux le faire, pourquoi pas, je le ferai assez maladroitement, la consistance me surprend. Niobé l’avait autour du pied en naissant, elle est née en varappe !
Au bout d’un moment, je sens des contractions qui reviennent, Florence me dit que je vais pouvoir pousser mais là, je n’ai plus du tout envie. On attend encore 5 minutes que le placenta soit complètement décroché, je prends mon élan, Florence me dit au contraire de profiter, effectivement, c’est très doux comme sortie, très chaud, vraiment agréable ! Nous avons été surpris par la taille et le poids du steack . J’aurais aimé qu’elle nous explique le fonctionnement du placenta, je demanderai la prochaine fois, là, je sais seulement qu’il est sorti entier, 30 minutes après Niobé.
Je sens que du liquide chaud s’écoule en quantité, ça me surprend un peu, je me rappelle aussi que ça a chauffé pendant l’expulsion, Florence regarde, je demande à Michel de rester à l’écart, je ne veux pas du tout qu’il voit trop de sang ou la « réparation ». Je lui demande plutôt de faire une photo de la petite toujours au sein, il s’exécute pendant la piqûre anesthésique, les photos sont moches, forcément, je fais la grimace ! 2 éraillures, ça va, Florence préfère en recoudre une, bon, si c’est mieux, je la laisse faire.
Elle souhaite baigner Niobé, je me relève pour la suivre mais elle m’impose de rester couchée, zut, je me sens pourtant bien. Michel l’accompagne, ça me convient, il m’expliquera ensuite et je suis contente qu’il participe.
Lorsqu’ils reviennent, c’est à mon tour de me doucher, j’en ai besoin, je suis trempée et j’apprécierai beaucoup d’être sous l’eau chaude, de me laver le corps et les cheveux. Mon nouveau corps de maman, j’ai besoin de ces quelques minutes pendant lesquelles je me redécouvre. Florence reste à proximité, me parle, me pose des questions, me gêne presque, elle semble s’inquiéter, moi non, je me sens en pleine forme.
Un tee-shirt sec et doux et je vais m’installer dans mon lit avec des coussins, c’est confortable. Florence porte Niobé, l’habille avec douceur en expliquant plein de choses, sur ce que les bébés aiment ou pas, je l’observe. C’est un moment très doux.
Michel appelle ses parents pour leur annoncer la nouvelle et leur indiquer qu’ils peuvent venir faire un saut vers 19h00. Nous resterons ensuite quasiment sans visites pendant 1 semaine, ainsi que je l’avais demandé pendant la grossesse. C’est un moment important, je pensais en avoir besoin pour m’attacher à mon enfant.
J’ai vraiment très faim, Michel me prépare un carpaccio de bœuf, j’en ai envie !
Il est à peu près midi, pour la forme, Michel demande à Florence si elle mange avec nous. Sa présence autour de ce repas nous paraît tellement évidente que nous serons étonnés, presque déçus qu’elle préfère rentrer. Nous n’insistons pas, elle semble avoir à  faire, mais nous  ne mangerons pas à table.

Nous passerons une magnifique après-midi, ensoleillée, pleine de tendresse, Niobé toujours sur moi et le chat lové dans le lit, en famille.
Nous la regardons et réalisons : Que de chemin parcouru depuis le début de cette grossesse, c’est fou !
Pour moi maintenant c’est plutôt, quel beau chemin, le début est bien plus antérieur…..

Michel sera ravi que l’on soit à la maison, que Florence nous ait accompagné, si bienveillante, si efficace. Très fier et convaincu de l’accouchement et de la naissance à la maison, il le dira à tout le monde ! ……
Moi je suis dans ma bulle, doucement euphorique, c’est bon ce parfum de naissance, je ne mets pas un pieds dehors avant 4 jours. Je me sens épanouie, heureuse et libérée.
J’ai vécu un moment de vie très lumineux, d’une intensité si rare. Que de larmes dès que je repense à cette naissance, c’est si beau…
Je revoies la tenue blanche de Florence, quel choix idéal, quelle sensibilité.
Je ne peux imaginer meilleur accompagnement : présence intense, patience, discrétion, tolérance, respect, dynamisme, douceur, intuition, quelque chose comme l’alliance de l’amour et de la Sagesse, une Sage Femme.
Pour moi, une rencontre majeure il va me falloir encore du temps pour comprendre à quel point.

J’écris ce récit parce que j’en ai besoin à la fois pour ne pas oublier, j’ai si peur d’oublier, et aussi pour passer à la suite, me plonger dans la maternité pleinement, longuement, pour ma fille, pour moi, en attendant le prochain bébou . Michel réclame plus d’attention aussi, il est temps que l’on se retrouve.

 

Ocytocine, aussitôt née,
Niobé, le bio bébé.

(Michel)

24/11/2008

 
Site propulsé par CaMykS
© 2012 Association Loi 1901 Accoucher Librement | Mentions légales | Plan du site