La naissance de Lyvia

Lydia

Il fallait que j’écrive ça avant que le temps ne passe et me fasse oublier les petits détails de cette nuit d’amour.

On est mercredi, le 04 Mai 2005, mon terme prévu est dans 2 jours et depuis la veille mon ventre est "descendu", je sent bébée plus basse, en principe ça veut dire que c’est pour très bientôt.
Je tenais à faire une dernière séance de piscine mardi, c’est fait, je suis prête à laisser aller.
Après dîner on va coucher la grande comme tous les soirs vers 19h30, un bisou et elle s’endort tout de suite.
En redescendant à la cuisine ça tire un peu dans le ventre, tiens donc je reconnais cette sensation, c’est peut-être pour cette nuit.

Jusqu’a 22h30 ça continue, même intensité mais plus fréquentes, 15 minutes, 10 minutes. Bon allez j’appelle H. au moins pour la prévenir que ça peut être commencé.
Toute la soirée j’essaie de lire mais j’ai du mal à me concentrer et à trouver une position confortable. Bientôt je ne peut plus m’asseoir dans le canapé, je m’accroupis, appuyé sur le haut du clic-clac. Finalement je renonce au bouquin, de toute manière il faut que je me lève de plus en plus souvent et c’est ce moment là qui est le plus désagréable.
Quand je sent une contraction qui arrive je marche doucement vers la cuisine, je m’appuie à la table et je bascule lentement le bassin de droite à gauche, avant en arrière, j’en profite pour vérifier l’heure à l’horloge du four.
0h30.je suis maintenant certaine que ça a bien commencé, ça passe de 7 à 5 minutes. On s’installe mieux, Philippe descends la valise avec les alèzes, ma liquette bleue et les trois bricoles que H. m’a recommandé d’avoir sous la main.
Depuis la fin d’après-midi le temps a tourné il fait un peu frais mais Philippe qui est sûr aussi que bébée va arriver cette nuit a fait le plein de bois, le feu ronronne et il fait de plus en plus chaud dans le salon. On allume la petite lampe et une bougie, les flammes de l’insert projettent une lumière douce dans la pièce.
1h45. Toujours toutes les 5 minutes mais plus intenses, ok je rappelle H. je suis presque désolée de la déranger à cette heure-ci mais je sais que je vais bientôt avoir absolument besoin d’elle, je n’arrive plus à me détendre entre les contractions, j’ai mal aux jambes, je fatigue de rester debout. Si je m’accroupis je ne peux plus me relever, je regrette tous ces kilos qui encombrent mon corps.
La seule chose qui me soulage c’est cette lente danse du ventre , je me balance, je fait tourner mon bassin en soufflant de plus en plus fort, et chaque fin de contraction est comme une petite victoire sur la douleur, voilà, une de moins.
Je repense aussi a ces mots de Leboyer " se laisser porter par la vague", je surfe, surtout ne pas lutter, fermer les yeux, souffler, laisser passer, laisser faire.
2h45. J’entend la voiture de H. qui arrive, Philippe va l’accueillir, il revient avec un tabouret d’accouchement, je suis surprise , je ne savais pas qu’elle en avait un. Ils installent les alèzes, le tabouret devant le feu, on discute entre les contractions mais rapidement ça devient trop intense et je n’ai plus envie de parler.
H. vérifie mon col, elle a un sourire superbe pour me dire « c’est bon tu es bien avancée », j’ai senti la tête de bébé rouler sous ses doigts. Elle confiera plus tard a Philippe que j’étais déjà dilatée a 6, et qu’elle ne dit jamais à combien en est la mère en travail parce qu’on ne peut pas savoir comment elle va réagir à cette information.

Quand je suis assise sur le tabouret Philippe me masse les épaules, me soutiens les reins, parfois je me relève pour faire un tour de hulla hop, je danse un peu et j’y retourne.


A partir de 3h30 environ je commence à perdre pied, j’ai beau essayer mon surf mental ce que je ressent tiens du tremblement de terre, mon souffle s’est mué en cri.
Je sent remonter des peurs du fond de mes entrailles, je retiens puis lâche un "MAAAAMAN" j’ai envie de pleurer, je ne vais jamais y arriver. H. est là accroupie devant moi, et je sent sa main sur ma cuisse et je l’entend de loin " ça va, tout va bien, ton bébé avance , ne t’inquiète pas." Elle m’empêche de partir trop loin dans la peur, je m’accroche a sa voix.
Tiens ça coule, la poche des eaux, pas percée d’un coup, parce que ça coule un petit peu à chaque contraction.
Mais c’est si fort, ça me remonte l’estomac, j’ai l’impression d’être sonnée, comme un boxeur en plein combat. H. me rafraîchit le front avec des serviettes humides et fraîches, me propose de changer de position, je me retourne sur le tabouret , accroupie.
La contraction suivante m’emporte complètement, "doucement, doucement", j’entends ça de très très loin mais je ne maîtrise absolument plus rien, tout ce que je peux faire c’est crier "NOOOON".
Et puis "Plof !" je sent comme un petit ballon entre mes jambes, Grosse peur, qu’est ce qui se passe, est ce que tout va bien, c’est sa tête que j’ai senti ? H. me rassure encore "oui ça y est, si tu veux remet toi assise", je ferme les yeux, encore un raz de marée, cette fois je me laisse choir dans les bras de Philippe assis sur le canapé derrière moi. Je n’en peux plus, je ne pourrais pas.
J’appréhende la prochaine secousse mais H. se relève doucement et dans ses mains il y a ...... mon bébé !!!
Il est 4h du matin Je n’y crois pas, ma bébée est là, sur moi, elle a les yeux grand ouverts, elle me regarde.
Je suis bluffée, déjà là, je croyais en avoir encore pour des heures !!!
En une seconde je passe de la peur intense à la joie immense. Ma bébée a les joues pleines, des petits cheveux, elles est toute rose. Je sent Philippe derrière moi qui tremble d’émotion, il me serre dans ses bras, je ris en répétant encore, "c’est mon bébé".

H. la pose sur mon sein et instantanément ça fait "gloupss", une telle vigueur dans un si petit corps, ses joues se creusent, ça y est elle tête. H. me fait toucher le cordon qui bat encore, c’est chaud mais si petit, juste deux ficelles entourées l’une sur l’autre. Ensuite on attend le placenta, il prend son temps, H. me fait pousser, volontairement cette fois, ça sort mais il en reste un petit bout. Ils ouvrent le clic-clac, je m’installe avec mon trésor dans les bras. Le temps est suspendu.

H. restera encore 2 heures, a s’occuper de moi et être sure que tout va bien avant de s’en aller pour un peu de repos bien mérité. Elle nous félicite pour notre tranquillité, j’ai quand à moi eu plutôt l’impression de traverser un ouragan mais maintenant je me sent calme et sereine.

Tara, désormais grande sœur de 21 mois se réveille comme d’habitude a 8 heures, Philippe va la chercher et ils nous rejoignent. Elle est intriguée et amusée par ce petit être, elle la regarde longuement, elle sourit et la touche du bout du doigt. Même le chien n’a pas bougé de la nuit, une phrase tourne dans ma tête : Merci, Merci la Vie


Frédérique

 
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