Bonjour tout le monde, je m'appelle Nori. Je suis Japonaise et je vis au Québec depuis bientôt 3 ans. Avant d'immigrer ici, j'habitais à Tokyo avec mon mari québécois. Tout d'abord, j'aimerais remercier Sonia et Julie de m'avoir offert cette opportunité de parler devant vous tous aujourd'hui. C'est un peu impressionnant de parler devant autant de personnes en français, mais comme nous disons en japonais "ganbarimasu", ce qui veut dire "je vais travailler fort".
En fait, j'ai un peu hésité avant d'accepter l'invitation de Sonia et Julie car je n'ai pas encore d'enfant moi-même. Je ne peux donc pas parler de ma propre expérience. Cependant, ma mère a fait carrière pendant 40 ans comme infirmière au Japon dont 10 ans comme sage femme et elle a assisté entre 300 et 400 accouchements. L'hôpital où elle travaillait est le plus grand hôpital de ma ville natale. Ma mère a donc mis au monde plusieurs de mes camarades d'école et connaissait aussi leurs mamans. Après 10 ans de pratique comme sage femme, ma mère s'est tournée vers la gestion et l'administration de l'hôpital et elle a travaillé comme directrice générale des soins infirmiers jusqu'à sa retraite. Mais elle me disait toujours que le moment le plus satisfaisant de sa carrière, c'était les années ou elle a travaillé comme sage femme et malgré le fait qu'elle ait changé de chemin de carrière, elle a toujours gardé sa passion pour la maternité. D'ailleurs, tout au long de sa carrière, elle a été impliquée dans l'éducation des futures infirmières et enseigne encore aujourd'hui dans 3 écoles dans le programme de maternité.
J'ai donc grandi dans un environnement ou l'on parlait beaucoup de maternité et d'accouchements et c'est après avoir consulté ma mère, ma grand-mère et des amies japonaises ayant en des enfants que je me permets de vous parler aujourd'hui.
Dans ma présentation, je vais aborder les sujets suivants :
Pour commencer, j'aimerais vous expliquer comment la façon d'accoucher au Japon a évolué depuis 3 générations. À l'époque de ma grand-mère, qui a 85 ans et qui a accouché de ses enfants pendant la 2e guerre mondiale, il semble qu'il était commun d'accoucher à la maison avec l'assistance d'une sage femme. Le système hospitalier s'est développé après la guerre et depuis que ma mère a commencé sa carrière comme sage femme, donc depuis environ 40 ans, les femmes accouchent à l'hôpital.
Aujourd'hui, il y a de plus en plus de femmes qui souhaitent accoucher de façon différente comme par exemple accoucher à la maison ou encore en présence du père du bébé. En passant, la présence du père lors de l'accouchement n'est pas encore très commune au Japon et je vais revenir sur ce sujet un peu plus tard. Il y a donc de plus en plus de demandes pour des sage femmes et des cliniques privées qui rendent possible différentes formules d'accouchement.
Au niveau des grandes tendances de la société japonaise, il semble y avoir de plus en plus de femmes qui sont orientées vers des études avancées et la carrière et cela crée une tendance où les femmes se marient plus tard et ont donc des enfants plus tard. Par contre, la société n'est pas prête à supporter des femmes qui voudraient à la fois avoir une famille et poursuivre une carrière professionnelle comme ici au Québec. En tant que Japonaise, je considère les Québécoises très chanceuses. Premièrement, au Japon, il y a très peu de garderies et elles sont très chères. Deuxièmement, les pères sont très peu présents à la maison à cause de leurs longues heures de travail. Finalement, le système de congé de maternité n'est pas beaucoup développé. Nous avons droit à 6 semaines avant l'accouchement et 8 semaines après, donc ce n'est pas beaucoup. Les femmes japonaises doivent donc malheureusement faire un choix entre carrière et famille, et ce même en 2006.
Particularités de l'accouchement japonais
Comme je l'ai mentionné toute à l'heure, le père est n'est pas beaucoup impliqué pendant la grossesse et lors de l'accouchement. La grossesse se passe entre le bébé et la maman et il n'y a pas d'espace pour le papa. Ce dernier est toujours occupé avec son travail donc il est rare qu'il se rende avec sa femme à un suivi à l'hôpital. Alors, les cours prénataux ? Le congé de paternité ? Oubliez ça !!
L'absence du père se voit aussi dans le nom du carnet de maternité que la future maman utilise depuis le début de sa grossesse. En japonais, ce carnet se nomme "Boshitecho", Boshi veut dire la maman et le bébé et techo veut dire le carnet. C'est donc un carnet de la maman et le bébé et le père n'existe même pas ! Cependant, j'ai appris que le nom du carnet devrait changer bientôt. Le nouveau nom sera "Oyakotecho". Oyako veut dire les parents et le bébé. Bonne nouvelle ! Le papa va bientôt exister !!
On dirait donc que le père ne fait pas grand-chose mais il y a quand même un rôle pour lui à jouer et c'est plutôt après l'accouchement. Il est en quelque sorte responsable des relations publiques. Par exemple, c'est le père qui va à l'hôtel de ville pour enregistrer son fils ou sa fille dans le registre de famille. C'est aussi le père qui traditionnellement distribue un riz spécial aux voisins et à toute la famille pour annoncer la venue du nouveau né.
Jusqu'à maintenant, je vous ai probablement donné une mauvaise impression des pères japonais. Mais comme je l'ai mentionné à quelques reprises, leur rôle commence à changer et ils sont de plus en plus actifs par rapport à la maternité. Moi, j'ai choisi un mari québécois et je compte beaucoup sur lui pour changer les couches !
Propos recueilli sur le site www.fondationmaternite.org