Je n'aurais jamais pensé qu'entre le moment où j'ai su que j'étais enceinte et celui où j'ai donné naissance, autant de choses auraient changé en moi.
Cette grossesse a été l'occasion d'une prise de conscience intellectuelle mais surtout PHYSIQUE du pouvoir créateur spécifique de la Femme.
J'ai passé le mois de septembre à m'angoisser et à ranger dans tous les sens possibles les affaires du bébé.
Il fallait que tout soit prêt.
J'ai passé ces dernières semaines à marcher, monter mes 6 étages sans ascenseur, aller à la mer.
Un petit kilomètre sur le port de Nice me paraissait un marathon.
Je n'ai jamais marché aussi lentement.
J'étais hyper sensible au moindre bruit dans la rue.
Je ne me suis jamais senti pour autant aussi bien dans ma peau.
Je regrette un peu de ne pas être allée au bout de ces 9 mois.
Tendue, pointue, ventre rond à éclater.
Je n'ai pas vécu cela.
Même si je mourrais de chaud, que j'avais une mauvaise circulation, j'étais la plus épanouie.
Je me massais tous les jours, plusieurs fois.
J'embaumais quelques odeurs tellement agréables, je me mettais beaucoup d'huile, de crème, je parlas beaucoup au bébé.
J'ai adoré me mettre à moitié dans l'eau, mes fesses posées sur les gros galets de Nice, mes jambes dans l'eau, et l houle qui venait et partait de mon ventre.
J'ai commencé le massage du périnée tardivement.
J'ai tout de même senti ce que ça allait faire.
BRÛLER.
ça allait brûler. s'écarter et brûler. de partout.
J'avais eu quelques contractions mais rien de significatif.
J'étais prête dans mon corps.
J'avais tout de même travaillé mon périnée, mes positions, j'avais tout fait pour que le bébé soit le dos du bon côté, je visualisais ce qui allait se passer, je relisais mon projet de naissance pour le cas où;
J'avais choisi: mon accouchement serait une épreuve physique. pas encore spirituelle.
J'ai perdu le bouchon muqueux vers 22h un mercredi soir.
C'était étrange.
je ne voulais pas me faire une joie ou penser que c'était le moment.
c'était une texture particulière, épaisse, rosacée, légèrement élastique et filandreuse. Glaireuse.
J'ai prévenu Florence.
J'ai passé une bonne nuit.
Je me réveillais régulièrement, je me disais "tiens on dirait comme les règles", puis ça passait et je me sentais TRES détendue, somnolente.
Je dormais surtout sur le côté qui protégeait mon coeur, avec mon copain le Corpomed, le coussin d'allaitement.
C'était mon soutien, je pouvais le glisser entre mes jambes, et lâcher agréablement mon ventre, sans avoir peur que le bébé "tombe". Isabelle, extra-ordinaire masseuse, m'avait dit " Laisser le jouer dans sa chambre".
Le bébé se replaçait toujours, suivant le côté où je me mettais, il me donnait même des petits coups ou bien il basculait. Je me souviens bien de cette sensation maintenant.
D'ailleurs, sur le dos, avec un oreiller haut derrière moi, je jouais avec lui, je lui proposais de remonter, afin de soulager ma fatigue de la journée. La plupart du temps, il venait se caler sous ma main.
Le matin, Marco devait partir pour une rencontre professionnelle.
Nous avons lancé plein de machines à laver pour le petit linge.
J'ai prévenu Florence et j'ai commencé à noter les contractions.
Vers 14h30, le fournisseur officiel d'Oxygène est arrivé.
J'avais tellement de mal à me concentrer sur ce qu'il me racontait.
J'étais déjà en débardeur et pagne, je ne supportais plus grand chose sur moi.
Je devais me poser sur le ballon quand ça devenait plus fort.
J'attendais que Marco revienne.
J'avais besoin qu'il soit là.
Dès qu'il a été là, tout est devenu un peu plus nuageux, je rentrais dans mon corps mais je n'y arrivais pas, j'attendais qu'il ait nettoyé et préparé tout.
Je savas que c'était pour aujourd'hui.
Je suis allée à la selle de nombreuses fois.
ça aussi c'était un signe.
Je me vidais pour que mon corps soit prêt à se concentrer sur le plus gros effort de ma vie. Je me suis vidée vraiment,
je n'avais plus rien dans le ventre.
Je n'arrivais plus à tenir en place, j'ai appelé Florence et quand elle est arrivée, elle m'a examiné.
J'étais très peu ouverte.
2 cms.
J'étais découragée.
Mais Florence m'a dit qu'il fallait que je "rentre" dans le travail.
Le salon ne me convenait pas.
J'étais gênée par Florence.
Elle a pris un livre et m'a un peu parlé; mais je n'avais aucune envie de faire la conversation.
J'avais trop de respect pour elle, elle a une telle aura, et j'avais tellement peur qu'elle me dise, si je me plaignais trop, qu'il fallait aller à l'hôpital. Je la craignais trop, son aurorité, et le fait qu'elle me dise tout le temps que je sais faire toute seule alors que parfois j'aurais eu besoin de plus de maternage.
J'avais peur de rater ça.
de manquer ce moment si précieux pour moi.
ma victoire.
la seule peut-être de toute ma vie
je suis allée dans ma chambre, je me suis assise en tailleur et entre 2 contractions je m'adossais au mur, j'avais une telle envie de dormir, une telle somnolence.
Florence m'a rassurée," mais oui, tu peux dormir si tu as envie".
J'en hallucine encore.
et je le dis à toutes les futures mamans.
OUI VOUS POUVEZ DORMIR PENDANT VOTRE ACCOUCHEMENT! ENTRE DEUX CONTRACTIONS.
J'avais bien souvenir de Leboyer.
L'accouchement, c'est comme la musique, il y a un rythme, des sons, des silences.
C'est exactement ça.
Je me suis mise à chanter Ahhhhhhhhhhhhhhhh
ahhhhhhhh doucement,
je ne supportais pas grand chose,
je tenais la main très fort de MArco et il s'endormait!
je lui ai dit d'aller se reposer,
j'avais besoin d'être seule,
de passer ces épreuves seule,
c'est vrai que j'ai oublié l'ordre des évènements.
Mais à partir de là, je l'ai entendu parler un peu avec Florence,
et je me suis dit:
c'est inéluctable
il faut bien que ce bébé sorte.
Je ne peux pas arrêter le processus
je dois accepter et accompagner,
sinon quoi. une césarienne? L'hôpital?
ah ben non.
Alors je me suis re concentrée.
Puis j'ai très eu envie d'aller aux toilettes,
la position ne me convenait plus.
Je vais aux toilettes, même si j'ai détesté devoir quitter ma chambre
et rien.
Je reviens.
Florence me demande "et bien alors?" " RIen" "C'est ton bébé qui arrive".
J'avais tellement chaud
tellement chaud.
je me suis dénudée entièrement, et ça ne m'a pas du tout dérangé au contraire.
OHHH
Ok Ok Ok
bon qu'est ce que je fais là maintenant?
bon, là je me suis accrochée comme une folle à Florence, en avant, agenouillée pour laisser passer.
Florence me disait de souffler dans ma main recroquevillée, comme les indiens,
je me suis accrpchée aux genoux de Marco, une jambe agenouillée l'autre plée
la position, asymétrique, c'était celle qu'il me fallait.
J'ai poussé, j'étais à contre temps, je voulais pousser tout le temps
j'étais pressée, un peu trop je trouve mainteant, avec le recul.
Je me demandais comment j'allais y arriver,
j'ai senti ses cheveux, c'était tellement étonnant.
je n'ai pas compris, c'était gluant. mais il avançait, par là,
je devais m'ouvrir.
j'étais dans la poussée, je crois que je poussais fort quand même.
Là j'ai perdu les eaux. 15 mns avant la naissance.
Une grosse flaque de liquide chaud. du vraiment LIQUIDE.
(j'ai eu du mal toute ma grossese à comprendre que le liquide amniotique était vraiment liquide)
Florence m'a demandé de retenir mon envie
"qu'il puisse sortir par lui-même, seul, que ce soit son effort".
Je crois que je n'ai pas réussi.
Je l'ai expulsé.
c'est mon grand regret.
D'un coup plus rien,
plus rien du tout.
aucune douleur.
aucune contraction
juste ce beau bébé tout replié, doux, chaud, humide que Florence me dépose sur le ventre tandis que je m'allonge
Je suis au comble du bonheur.
Je le regarde, oui, elle me dit que c'est un garçon. Je ne fais que le serrer contre moi, doucement.
Marco est là tout près.
Puis, le placenta sort. Une sorte de "blob" qui sort, chaud, épais, et que Florence prend. Je ne le verrai que bien plus tard, et congelé.
Florence s'inquiète pour l'hémorragie.
Je perds je perds je perds mon sang parait-il.
Mais je suis tranquille.
Je lui dis qu'au test de coagulation, ça c'était arrêté d'un coup.
Elle me fait confiance.
Pas de syntocinon. Je suis très soulagée.
Mon utérus revient en place. Je sens les petites contractions, pendant la tétée.
Florence me recoud, mais ça ne fait pas mal. ça picote simplement.
Pourtant la déchirure est grande; je m'en souviens maintenant.
J'ai mis plusieurs semaines avant de regarder mon sexe.
J'ai trop poussé, trop fort.
ça aussi je m'en rappelerai, si j'ai l'occasion.
Je profite de mon enfant. Je suis étonnée, il n'a pas l'air de se rendre compte. Il n'a pas crié, ce qui est bon signe, il est entré dans la vie en douceur. Il a respiré quand il était prêt.
Florence l'a incité et l'a mis à mon sein, il tête il finit par y arriver mais il n'est pas très motivé. Il a l'air shooté!
Je n'ai toujours pas compris ça d'ailleurs.
Florence m'a proposé une douche, mais j'ai manqué m'évanouir en me levant.
Alors Florence et Marco ont baigné Gabriel. C'est son prénom. Gabriel.
Le prénom de mon arrière grand père aviateur, héros de guerre, et de l'écrivain Garcia Marquès. Un héritage maternelle et paternel.
Je me sentais un peu isolée, mais en pleine forme, nous avons mis du temps à nous rendormir.
Je me disais mais comment je vais faire, toute seule? comment on fait?
J'ai eu un accouchement de rêve, presque idéal?
Je voulais dépasser la douleur,
C'était le plus beau et intense moment de ma vie.
Ma Victoire.
Ensuite. J'ai passé des mois très difficiles.
Je ne me suis pas attachée tout de suite à mon bébé. Il m'a fallu du temps.
Et il ne prenait pas baucoup de poids, je suis toujours dans cette angoisse, après 18 mois.
Et qu'est ce qu'il crie fort. Et beaucoup.
Il fallait l'apprivoiser cet enfant. Tout comme le renard.
Il faut le dire.
la fatigue, l"anémie, l'isolement.
la peur de mal faire.
Tout m'a épuisé malgrè la source d'émerveillement et d'amour inépuisable que représente Gabriel.
Cet accouchement m'a permis de plonger au plus profond de ma polarité féminine.
Ouverture. Réception. Accueil.
Et d'en ressortie enrichie et attentive chaque jour à mon enfant-Miroir, me confrontant à mes peurs, et me faisant puiser au plus profond de ma source d'amour.
Caroline