En France, lorsque l’on parle d’accoucher "autrement", on pense, notammentaux, maisons de naissance. En Allemagne, ce sont les maisons d’accouchement.
Aujourd’hui, là-bas, il y a plus de cent maisons d’accouchement, avec chaque année, 8000 enfantements, ce qui représente 5 % des accouchements annuels. C’est une tendance qui s’affirme de plus en plus.
Le succès de ces maisons est dû au fait que les Allemandes veulent aujourd’hui gérer leur accouchement elles-mêmes. Elles ne veulent plus être dirigées par le corps médical.
L’initiative est née de milliers de femmes, à Berlin, qui, en 1983, ont créé une association "pour un accouchement autogéré". Elles étaient inspirées et encouragées par les expériences américaines dans ce domaine, les Birth Centers des années 70. Ce mouvement a été fortement soutenu par les sages-femmes et a abouti en 1987 à la création de la première maison d’accouchement à Berlin.
Les gynécologues dans les hôpitaux et les caisses maladies sont restés longtemps très critiques par rapport à cette nouveauté et refusaient toute collaboration. Ils craignaient la concurrence et la remise en question du système de santé car ces maisons d’accouchements étaient gérées par les sages-femmes libérales, qui facturaient leurs tarifs librement. Aujourd’hui, tout est en charge de façon collective au niveau national et donc, beaucoup mieux accepté par les médecins. Les maisons d’accouchement sont plus petites que les hôpitaux et les cliniques, et elles proposent un cadre plus intimiste et personnalisé. Les accouchements y sont ambulants, c’est-à-dire qu’il n’y a presque pas de chambres : quatre à six heures après la délivrance, la nouvelle maman est chez elle. Pour la préparation, il y a de nombreuses salles ainsi que des cours de gymnastique, yoga, respiration, support psychologique pour les femmes et les couples.
La deuxième grande différence vient du fait que les femmes sont accompagnées pendant toute leur grossesse par la même sage-femme, qui est elle-même soutenue par une seconde consœur pendant l’accouchement. Cela crée une relation de confiance.
Côté technique, tout est là pour l’accouchement : un électrocardiogramme, des appareils d’aide respiratoire...
Enfin, comme on ne prévoit pas de péridurale, les femmes bougent beaucoup pendant l’accouchement. On met donc à leur disposition un tabouret spécial d’accouchement, des balles, des cordes, des baignoires pour favoriser une position droite et verticale pendant le travail. 90 % des femmes accouchent dans la position verticale. Elles peuvent boire, manger, bouger librement. La péridurale est remplacée par l’homéopathie et l’acupuncture.
Tout d’abord, il faut dire que seuls les accouchements normaux sont acceptés dans ces structures. Les femmes qui souffrent de diabète, d’hypertension, ainsi que les naissances multiples et d’autres cas susceptibles de complications, sont systématiquement refusées. D’autre part, si un problème survient, la femme sera transportée à l’hôpital le plus proche, qui se trouve en général à 10 ou 15 minutes de la maison d’accouchement.
Un sondage récent de la Sécurité sociale et du ministère de la Santé allemands affirme que les naissances dans les maisons d’accouchement sont aussi sûres que dans un hôpital.
Si la Sécurité sociale reconnaît que c’est aussi sûr et moins cher (elle économise environ 750 euros par délivrance dans ces maisons), elle ne rembourse pas intégralement les accouchements. Le particulier doit payer un complément qui varie de 300 à 700 euros, en fonction de sa caisse maladie.
Tout cela n’empêche pourtant pas de plus en plus de femmes de choisir ce type d’accouchement, en Allemagne et en Europe.
Ce sujet de Annette Burgdorf a été diffusé le 26 septembre 2003, dans l’émission Les maternelles sur France 5.